L’histoire : En 2046, se faire numériser sous forme de copie informatique, et “ressusciter” dans un environnement virtuel après sa mort est devenu presque monnaie courante. Ainsi, de nombreux magnats de l’industrie continuent de gérer leur empire post-mortem, de leurs disques durs respectifs – avec tout de même de nombreux inconvénients : les ressources informatiques sont chères, et la vie virtuelle gourmande, lente et vulnérable aux fluctuations du marché et aux déconnexions intempestives.
Paul Durham, lui, n’est pas un riche décédé, mais un amateur bien vivant avide de savoir exactement ce que ressentent les Copies. Pour cela, il lance un de ses doubles numériques dans un environnement ad hoc afin de s’en servir de cobaye. Et fait une découverte fabuleuse sur la nature des simulations, qui pourrait changer l’avenir de toutes les Copies – encore faut-il qu’il réussisse à convaincre suffisament de personnes de sa découverte qui ressemble pourtant furieusement à de la folie.

Je vous ai fait fuir ?
Je n’espère pas.
Eh bien oui, c’est de la SF. De la pure, de la dure, de la vraie. Oubliez les stupides batailles dans l’espace, les jolies lieutenants en mini-jupe et les extraterrestres aux yeux pédonculés qui veulent détruite le monde/l’Univers/le captain Kirk (rayez la mention inutile). De la SCIENCE-fiction, on a dit, au sens le plus littéral. Rien n’est prévu pour alpaguer le chaland, ici, au contraire : c’est plutôt le genre de roman qui devrait être vendu avec un tube d’aspirine. Parce que Greg Egan, quelque part, on dirait qu’il s’en moque un peu de l’histoire. Et des personnages. Non, ce qui l’intéresse, ce sont les théories. Il y a bien quelques relations interpersonnelles dans le tas (tellement grossières et mal ficelées que ça doit venir de ses éditeurs – on a dû lui dire qu’il fallait pimenter un peu tout ça, pour le lecteur masculin de base), mais les vrais héros, ce sont les idées. Tout à fait personnellement, une explication rapide me suffirait dans la plupart des cas, du moment que l’auteur ne prend pas ouvertement le lecteur pour un demeuré, mais ce serait sans doute nuire à la beauté de la chose.
Bref, si vous ne l’aviez pas deviné, c’est du costaud, mais ça tient aussi remarquablement bien la route. J’ai pas franchement tout compris (et pourtant, je suis assez familière et avec cette littérature, et avec le domaine exploré), mais j’ai quand même bizarrement bien aimé. Un peu comme si j’avais mangé et apprécié un plat extrêmement complexe, tout en étant pleinement consciente qu’une bonne partie de cette complexité gustative me passait par dessus la tête.
Ceci dit, il faut être totalement honnête : si vous ne connaissez pas la science-fiction, si vous ne portez qu’un intérêt très vague à tout ce qui est sciences dures, et si vous aimez les personnages fouillés, les descriptions lyriques et les intrigues haletantes, ne tentez pas Egan. Si vous lisez La Recherche pour votre édification personnelle, en revanche …
S’il fallait conclure, je dirais que, pour ardu qu’il soit, ce roman est tout de même ce qui, de ces deux dernières années de lecture, m’a le plus donné envie de me remettre à la SF. Même si c’est maintenant assez éloigné de mes goûts, même si les deux tiers de l’histoire me sont allègrement passés par dessus la tête, même si certains passages m’ont fait hausser les sourcils, et même si la fin est … bon, on va dire “tirée par les cheveux”, faute d’un meilleur terme (mais certainement pas décevante, ça non – a posteriori, j’irais même jusqu’à dire que c’est ce qui donne tout son piquant au roman).
