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L’histoire : Londres, 1947. La ville panse ses plaies après la seconde guerre mondiale et les bombardements dramatiques qui l’ont défigurée. Kay erre dans les rues, habillée comme un homme, sans but précis. Helen, qui travaille dans une petite agence de rencontres, vit avec Julia mais est dévorée à la fois par la jalousie et par l’envie d’étaler leur histoire au grand jour. Viv, l’autre employée de l’agence, partage ses journées entre son père, son amant marié et son frère, Duncan. Duncan, lui, vit avec un “oncle” qui ne l’est pas, dans une maison sinistre, et se réfugie dans la puérilité pour échapper à dieu sait quoi. Petit à petit, se dévoilent les histoires de chacun, ce qui les a ammenés là, et ce qui les lie les uns aux autres.

RondeDeNuit

Ce livre est certainement un des plus déstabilisants que j’ai eu l’occasion d’ouvrir ces derniers temps. En permanence, j’ai eu cette vision de l’auteur comme un funambule oscillant entre le lisse et le vicié, entre le respectable et le décadent. Il y a des scènes explicites dans ce roman, mais ce sont parfois juste les sous-entendus, plein de tension malsaine que certains passages m’ont mise vraiment physiquement mal à l’aise – et c’est sans doute la marque d’un réel talent, à mille lieues du sensationnel en gros sabots. L’histoire, pourtant, celle de quatre personnes dans le Londres d’après-guerre, n’est pas si ébouriffante au premier abord, n’eût été leur mode de vie légèrement en décalage avec la morale de l’époque. Pourtant, la manière dont chacune de leurs histoires est décrite, petit bout par petit bout, en remontant de plus en plus loin dans le passé, est d’une délicatesse incroyable et d’une précision chirurgicale. L’écriture, quant à elle, est bien équilibrée, entre dialogues et réflexions intimes. Il n’y a pas énormément d’action, évidemment, mais une fois les premiers chapitres passés – où les personnages se mettent en place, et où donc flotte une certaine hésitation – les pages s’enchaînent toutes seules. On pourra juste regretter que certains personnages n’arrivent pas à se mettre en place, et que certains fils de l’histoire soient laissés en suspens.

Ce roman n’ira pas dans mes favoris, parce qu’il reste trop graphique, et que je ne suis pas fanatique du genre. Qui plus est, je préfère que tout soit bien net à la fin. Cependant, il s’agit là d’un goût tout à fait personnel, et qui n’enlève rien à la qualité de l’histoire. Je ne conseillerais pas ce livre à tout le monde, mais, si vous aimez les romans qui dévoilent à la fois le côté glauque et l’aspect profondément humain des relations interpersonnelles, n’hésitez pas à lui donner une chance, il en vaut la peine.

L’histoire : En 2046, se faire numériser sous forme de copie informatique, et “ressusciter” dans un environnement virtuel après sa mort est devenu presque monnaie courante. Ainsi, de nombreux magnats de l’industrie continuent de gérer leur empire post-mortem, de leurs disques durs respectifs – avec tout de même de nombreux inconvénients : les ressources informatiques sont chères, et la vie virtuelle gourmande, lente et vulnérable aux fluctuations du marché et aux déconnexions intempestives.
Paul Durham, lui, n’est pas un riche décédé, mais un amateur bien vivant avide de savoir exactement ce que ressentent les Copies. Pour cela, il lance un de ses doubles numériques dans un environnement ad hoc afin de s’en servir de cobaye. Et fait une découverte fabuleuse sur la nature des simulations, qui pourrait changer l’avenir de toutes les Copies – encore faut-il qu’il réussisse à convaincre suffisament de personnes de sa découverte qui ressemble pourtant furieusement à de la folie.

CitePermutants
Je vous ai fait fuir ?
Je n’espère pas.
Eh bien oui, c’est de la SF. De la pure, de la dure, de la vraie. Oubliez les stupides batailles dans l’espace, les jolies lieutenants en mini-jupe et les extraterrestres aux yeux pédonculés qui veulent détruite le monde/l’Univers/le captain Kirk (rayez la mention inutile). De la SCIENCE-fiction, on a dit, au sens le plus littéral. Rien n’est prévu pour alpaguer le chaland, ici, au contraire : c’est plutôt le genre de roman qui devrait être vendu avec un tube d’aspirine. Parce que Greg Egan, quelque part, on dirait qu’il s’en moque un peu de l’histoire. Et des personnages. Non, ce qui l’intéresse, ce sont les théories. Il y a bien quelques relations interpersonnelles dans le tas (tellement grossières et mal ficelées que ça doit venir de ses éditeurs – on a dû lui dire qu’il fallait pimenter un peu tout ça, pour le lecteur masculin de base), mais les vrais héros, ce sont les idées. Tout à fait personnellement, une explication rapide me suffirait dans la plupart des cas, du moment que l’auteur ne prend pas ouvertement le lecteur pour un demeuré, mais ce serait sans doute nuire à la beauté de la chose.
Bref, si vous ne l’aviez pas deviné, c’est du costaud, mais ça tient aussi remarquablement bien la route. J’ai pas franchement tout compris (et pourtant, je suis assez familière et avec cette littérature, et avec le domaine exploré), mais j’ai quand même bizarrement bien aimé. Un peu comme si j’avais mangé et apprécié un plat extrêmement complexe, tout en étant pleinement consciente qu’une bonne partie de cette complexité gustative me passait par dessus la tête.
Ceci dit, il faut être totalement honnête : si vous ne connaissez pas la science-fiction, si vous ne portez qu’un intérêt très vague à tout ce qui est sciences dures, et si vous aimez les personnages fouillés, les descriptions lyriques et les intrigues haletantes, ne tentez pas Egan. Si vous lisez La Recherche pour votre édification personnelle, en revanche …

S’il fallait conclure, je dirais que, pour ardu qu’il soit, ce roman est tout de même ce qui, de ces deux dernières années de lecture, m’a le plus donné envie de me remettre à la SF. Même si c’est maintenant assez éloigné de mes goûts, même si les deux tiers de l’histoire me sont allègrement passés par dessus la tête, même si certains passages m’ont fait hausser les sourcils, et même si la fin est … bon, on va dire “tirée par les cheveux”, faute d’un meilleur terme (mais certainement pas décevante, ça non – a posteriori, j’irais même jusqu’à dire que c’est ce qui donne tout son piquant au roman).

L’histoire : Philo(mena), pur Irlandaise de Dublin, n’a pas eu une vie facile jusqu’ici : un père méprisant et violent, un mariage malheureux, une ribambelle d’enfants et un poids qu’elle traîne comme un bouclier – et pourtant, elle bouillonne de vie, et d’humour, en partie pour ne pas sombrer, en partie pour bien coller à son propre personnage de rondouillette joviale. Malgré cela, au bout d’un certain temps, en butte aux injures, à la violence et à l’alcoolisme de son mari, elle se résoud à prendre la douloureuse décision de quitter le foyer familial pour partir se réfugier au couvent. Au grand dam des bonnes soeurs, évidemment, pour qui la bavarde et déjantée Philo n’est pas une pécheresse ordinaire.

LaGuerreDesLegumes

J’ai bien aimé le côté loufoque et sautillant de ce roman, qui contraste assez ingénieusement avec les problèmes assez lourds évoqués de manière sous-jacente. En particulier, et c’est rarissime pour ce genre de personnage (qui a plutôt tendance à me taper sur les nerfs d’habitude), j’ai vraiment eu une véritable affection pour Philo. Ca part un peu dans tous les sens, on sent palpiter la vie des bas quartiers de Dublin, il y a maints personnages secondaires un peu cinglés, tous vieux, ou moches, ou infirmes, ou obèses, ou tout celà à la fois, et c’est ma foi assez rafraîchissant. Attention, cependant, certains passages peuvent choquer (mais ils sont rares, ce que j’ai apprécié – l’histoire avait un gros potentiel pour basculer dans le trash, mais elle ne le fait généralement pas).

Malgré cela, j’ai trouvé dommage que l’intrigue soit aussi brouillonne, et surtout que le ton soit par moments mal géré, alternant passages très “cash” et nian-nian convenu. D’une part, je ne suis pas excessivement amatrice de réalisme cru en littérature, d’autre part les bons sentiments me font systématiquement lever les yeux au ciel. Au surplus, certains évènements s’enchaînent sans trop de sens, d’autres arrivent comme un cheveu sur la soupe – peut-être pour traduire le côté cahotique de l’existence quotidienne, mais cela laisse tout de même une impression de pas fini, pas maîtrisé, et de nombreux fils conducteurs sont laissés en plan faute de temps/moyens. Vers les derniers chapitres, j’ai perdu un peu mon intérêt du début, fatiguée de me voir brinquebalée sans véritable cohérence.

Malgré cela, “La guerre des légumes” reste tout de même une lecture agréable, déglinguée et plutôt novatrice (en ce qui me concerne). Je me souviendrai certainement longtemps de certains passages.

L’histoire : le narrateur, fatigué de passer ses jours et ses nuit au service d’une grande entreprise sans âme, décide de quitter son emploi et, avec sa femme, d’emménager dans un pavillon pour y travailler à son compte. Ce pavillon, situé dans un magnifique jardin aux abord d’une vieille maison de style traditionnel, est également l’endroit où habite Chibi, un petit chat qui va apporter tout un monde de bonheur et de délicatesse dans la vie du couple.

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Ce roman quasi-autobiographique est une petite bulle fraîche et délicate, comme le chat dont il est question.
Les descriptions du pavillon m’ont semblé très confuses au début – je n’arrivais tout simplement pas à me représenter les lieux décrits avec autant de précision. Au final, j’ai décidé de laisser filer ces passages et je me suis concentrée sur la vie du chat et celle du couple du narrateur. Sur une oeuvre plus longue, autant de minutie et de délicatesse m’aurait sans doute paru précieux et ennuyeux , mais la forme extrêmement courte permet de ne pas se lasser du style poétique, contemplatif et éminement japonais de l’auteur.

L’histoire : Harry a 13 ans et vit dans l’East Texas des années 30. C’est l’époque de la Grande Dépression, de la misère et des tempêtes de poussière qui forcent les populations du Sud à fuir. L’East Texas, zone humide et marécageuse, échappe à ces catastrophes, mais pas à la pauvreté, à la superstition, et à la ségrégation. Le Klan règne en maître et il ne fait pas bon mélanger les genres. De fait, quand Harry découvre le cadavre atrocement mutilé d’une Noire, personne ne hausse le sourcil dans la communauté blanche, à part le père d’Harry, un homme droit et humain, constable (shérif?) du village. En dépit de l’indifférence générale, celui-ci tente de mener l’enquête, en vain. Mais quand d’autre victimes apparaissent dans le même état, la tension monte et l’atmosphère lourde des marais se fait encore plus délétère.


Mon avis : Joe Lansdale est apparement plus connu pour une autre série de roman noir, mais celui-ci n’en fait pas partie.
Dès le début, j’ai été emportée au Texas et prise dans l’atmosphère poisseuse et lourde des marécages éponymes, atmosphère qui est très bien rendue à la fois par les descriptions (ni trop succintes, ni trop flamboyantes) et par le comportement des principaux protagonistes. Ceux-ci sont également hautement sympathiques, que ce soit le narrateur, Harry, dont la voix est extrêmement agréable, ou sa famille. Le reste des personnages est décrit comme haut en couleur, mais manque de “chair” (sans mauvais jeu de mot) à mes yeux.
En revanche, le gros point noir de ce roman reste sans aucun doute le manque de subtilité. Les personnages sont parfois à la limite du manichéen (même les “dérapages” des gentils ne sont pas très crédibles), la critique du racisme est faite avec de gros sabots (je déteste avoir l’impression qu’on m’enfonce une opinion dans le crâne, surtout quand c’est déjà la mienne) et l’intrigue ne prend pas tellement. La quatrième de couverture annonce “une histoire de sérial killer racontée par un enfant de 13 ans”, mais précisément, je ne sais pas si c’est le choix du narrateur, le déroulement des évènements, ou le contexte, mais tout cela est très cousu de fil blanc. Par exemple, un commentateur d’Amazon remarque à quel point il est peu probable qu’un médecin noir américain habitant un ghetto au fin fond du Texas des années 30 possède un rare traité allemand sur les perversions (ouvrage évoqué en passant, de manière tout à fait détachée, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde).
Passons également sur un artifice de narration maladroit utilisé ad nauseam au début : Harry, fort commodément, surprend régulièrement des conversations entre adultes qui expliquent de manière consciencieusement didactique ce qui se passe dans son dos. Pratique, et représentatif du côté artificiel du l’histoire.

En conclusion, c’est un bon roman qui m’a donné envie d’en lire plus du même auteur (car j’ai énormément apprécié le style), mais qui ne manque pas d’une maladresse que j’aurais pourtant cru apanage des romanciers débutants (ce qui n’est pourtant apparement pas le cas).

A lire aussi : “Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur”, de Harper Lee, où une situation un peu similaire est traitée avec beaucoup plus de justesse et où la critique est plus subtile (mais ce n’est pas un roman policier).

L’histoire : Margaret Lea, biographe anglaise effacée et solitaire, reçoit un jour une lettre de Vida Winter, lui demandant ses services pour consigner l’histoire de sa vie. La requête n’est pas si étonnante, si ce n’est qu’elle émane d’un personnage des plus excentriques : auteur à succès, solitaire, recluse, caractérielle, Vida Winter est célèbre pour ses histoires, celles qu’elle écrit bien sûr, mais aussi celles qu’elle raconte aux journalistes, toutes différentes. Pas un n’a réussi à démêler le vrai du faux dans ses élucubrations, et à connaître les secrets de sa vie, de sa naissance, de sa famille.
Margaret accepte la tâche avec réticence, et entreprend d’écouter à son tour une nouvelle histoire … ou bien la vérité, enfin.

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Je dois avouer que, si je ne dois garder qu’un souvenir de ce roman, ce sera le début. Les premiers chapitres m’ont totalement envoûtée, à tel point que j’ai failli en manquer mon arrêt de métro (les lecteurs acharnés connaissent bien ce syndrôme …). La lettre de Vida Winter, d’abord, puis l’introduction que fait Margaret et le premier entretien qu’elle a avec l’auteur, tout cela laisse planer une atmosphère sombre, gothique, mystérieuse – on devine l’odeur des vieux livres, celle de la pluie, de la poussière, et la promesse de révélations à répétition, de rebondissements à vous couper le souffle.

De ce fait, après autant d’attentes, le reste du roman est un cran en dessous. Ne voulant pas gâcher l’histoire, disons juste qu’elle n’était pas tout à fait à la hauteur de ces premières pages à mon goût. Racontée sur fond de roman anglais du XIXème, on y retrouve un romanesque débridé, des personnages mi-ombre, mi-lumière et une ambiance étrange, mais il manque juste une petite dose d’épices et d’inattendu pour que je sois totalement enthousiaste.

Néanmoins, l’écriture est très belle, l’histoire originale et bien contée, et les personnages généralement fort correctement croqués. La narratrice m’a laissée un peu de marbre, une fois l’emballement des premiers chapitres passés, mais peut-être est-ce juste parce que ses préoccupations ne résonnent pas avec les miennes.

Je ne regrette donc pas cette lecture agréable, même si je ne la qualifierais pas de chef-d’oeuvre, et je la conseille chaleureusement aux lecteurs amateurs de châteaux sombres et d’héroines en longues robes blanches qui errent dans la nuit, ainsi qu’à ceux qui aiment les livres qui parlent de gens qui aiment les livres. Voire, tout simplement, à ceux qui aiment qu’on leur raconte une bonne histoire.

L’histoire : Au sortir de la 2nde guerre mondiale, Juliet Ashton est une écrivain fraîchement publiée en quête d’idée pour un nouveau livre. Par hasard, elle est contactée par un habitant de Guernesey, qui lui apprend l’existence du “Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates”. Ce groupe de lecture a en réalité vu le jour lors de l’occupation de l’île par les Allemands, en guise d’alibi. Puis, de fil en aiguille, il est devenu un véritable groupe littéraire. Juliet entame alors une correspondance assidue avec les membres de ce club particulier.

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Bon, alors … Je n’ai jamais entendu une seule critique négative sur ce livre. Il m’a même été recommandé par une amie dont les goûts en matière de lecture sont habituellement extrêmement proches des miens. Et pourtant … quel pensum !
Je n’ai jamais autant levé les yeux au ciel et soupiré que pendant la lecture de ce roman. Tout y est : l’héroïne “jolie, drôle et pétillante” (comme dans les annonces de rencontres), un personnage central (et commodément absent) d’une sainteté écrasante qui fait passer Princesse Sarah pour une sadique trop gâtée, une gamine plus pénible d’un bataillon d’enfants-acteurs hollywoodiens, des méchants tout droit sortis de “Candy” et une histoire tellement prévisible que j’avais deviné la fin à la 10ème page – pourtant, dieu sait que je ne suis habituellement pas très perspicace.

En résumé : j’ai trouvé ce roman gnan-gnan, bourré de clichés et totalement prévisible. Qui plus est, je me sens un peu flouée, parce que les livres sont les grands absents, in fine, de ce “Cercle littéraire” : on en parle un peu au début, en jetant quelques titres en l’air comme ça, mais ça se tarit très vite. Quant aux épluchures de patates, elles sont vaguement évoquées, mais il est clair que leur unique but est de donner un côté “choupinet” au titre du livre. Ca, pour être choupinet, c’est choupinet … Tellement choupinet que je suis sûre d’avoir récupéré des caries rien qu’en le lisant.

La critique quasi-unanimement positive de ce roman me laisse perplexe. Je pense pourtant avoir des goûts assez mainstream en la matière … Peut-être est-ce justement toutes les louanges qui l’entourent, peut-être en attendais-je trop (j’étais persuadée que j’allais a-do-rer), mais je ne vois pas ce qui a pu enthousiasmer autant les lecteurs. Je conçois qu’on puisse trouver du réconfort dans le côte sucré et über-mignon de l’histoire, chacun s’évade comme il veut, mais de là à en faire un best-seller, tout de même …

A présent, comme après un écoeurant dessert à la crème, j’ai une furieuse envie de lire un bon pavé, plein de personnages à l’emporte-pièce, d’humour noir et de rebondissements inattendus. Je ne sais pas lequel, mais pitié, du lourd, du costaud, du qui envoie.

<u>L’histoire</u> : Bienvenue dans la famille Radlett. Aristocrates, anglais jusqu’au bout des ongles, et légèrement timbrés, ils forment une fresque sur laquelle se détache plus particulièrement Linda, la seconde fille. Elevée à la sauvage, nourrie de romans, dotée d’un esprit folâtre et d’un physique avantageux, Linda est une véritable drama queen comme seule l’Angleterre des années 30 pouvait en produire. La narratrice, la sage Fanny, cousine et confidente, raconte ici sa vie chaotique et joyeuse, de son enfance au château d’Alconleigh aux quais de Paris.

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Bon, que ce soit bien clair : j’aime l’Angleterre. J’aime les Anglais. J’aime les années 30. Donc, forcément, je ne pouvais qu’aimer ce roman de Nancy Mitford (une célébrité, en son temps). c’est rempli d’humour décalé et le ton est d’une franchise étonnante pour l’époque – enfin, je présume, je n’y étais pas.
Même la narratrice, qui admet volontiers ne pas avoir le même tempérament aventureux que les “petits Radlett”, est d’un pince-sans-rire qui m’a fait plus d’une fois souhaiter pouvoir papoter avec elle autour d’une bonne tasse de thé. C’est une écriture légère et irrévérencieuse qui fleure bon le five o’clock, le tweed et l’understatement.

En revanche, j’avoue avoir du mal avec le personnage de Linda – comme tous ceux du même acabit que j’ai rencontré au cours de mes lectures : leur inconsistance et leur “nunucherie” finit immanquablement par me taper sur les nerfs – dieu merci, le roman est court et la fin est arrivée à point nommé. Fin qui, soit dit en passant, et sans nier la qualité littéraire du reste, est sans doute l’une des plus maladroite qu’il m’aie été donné de lire, et nuit grandement à l’impression générale.

Ce roman possède une suite, “L’amour dans un climat froid”, que j’ai lue il y a quelques années et qui est plus ou moins indépendante : la narratrice est identique, on retrouve les Radlett et d’autres personnages, mais il s’agit plus d’une galerie de portraits que d’un récit de A à Z (même s’il y a une intrigue sous-jacente, évidemment). Je me souviens avoir été enthousiasmée, à l’époque, et il me semble que Fanny y tenait une place plus importante. Ceci explique sans doute cela … malgré la narration nettement plus décousue que dans le premier tome.

Si vous souhaitez suivre les aventures d’une anglaise échevelée du début à la fin, commencez donc par “La poursuite de l’amour”. Si vous préférez les portraits décapants de protagonistes excentriques sans porter trop d’attention à l’intrigue proprement dite, penchez-vous sur “L’amour dans un climat froid”.
De manière générale, si vous aimez l’humour british et l’esprit entre-deux-guerres, Nancy Mitford vous plaira sans aucun doute !

Library Thing

Petit intermède entre deux critiques …

Pour ceux qui, comme moi, sont aussi internetophages qu’ils sont livrovores, je vous propose un site diablement intéressant sur lequel je suis tombée cette semaine : LibraryThing.

Le but de ce site : vous aider à cataloguer et à suivre vos lectures. Au programme, donc, une “bibliothèque virtuelle”, mais aussi – et surtout – une foule de fonctionnalités intéressantes de classement, de suivi, et bien sûr d’interaction entre membres de LT (via des groupes et une sorte de forum). Ces derniers sont majoritairement anglophones, bien sûr, puisque le site doit être américain à l’origine. Mais rien n’empêche de venir grossir les rangs des membres francophones.

Je ne peux que vous encourager à aller y faire un tour, vous m’y trouverez sous le même pseudo qu’ici (rosefromthule).

L’histoire : Claire rencontre Henry alors qu’elle a six ans, et lui près de quarante. Quand ils se marient, elle a vingt-deux ans, et lui trente. Car Henry est victime d’une mystérieuse maladie qui le fait voyager dans le temps sans qu’il puisse l’empêcher, ni le maîtriser. Depuis son enfance, il navigue dangereusement entre passé et avenir, toujours seul, avec pour unique point d’ancrage : Claire. Enfant, adolescente, femme, elle est celle qui l’attend en permanence.

LeTempsNestRien

Mon avis ? Malheureusement, une très bonne idée gâchée.
En ancienne adepte de la science-fiction, le côté “voyage dans le temps” ne m’a pas du tout gênée, au contraire : le principe est fichtrement intéressant, surtout que l’auteur ne se facilite pas la tâche en intégrant de manière cohérente des problèmes tels que l’impossibilité de transporter des objets (donc, par exemple, des vêtements). L’écriture aussi est plutôt soignée (pour autant que mon modeste niveau d’anglais me permette d’en juger), et l’intercalage des deux points de vue assez bien fait. Je préviens tout de même les coeurs les moins bien accrochés que l’aller-retour permanent entre lignes temporelles est susceptible de générer de sérieuses céphalées – il n’est pas inutile de vous munir d’un papier et d’un crayon, si vraiment vous voulez tout suivre (ce qui n’est pas mon cas).

Où est le gâchis, alors ? Déjà, les personnages. Tout droit sortis d’un roman de gare, plats, falots, sans grand intérêt : un bibliothécaire qu’on tente désespérément de nous vendre comme über-cool (oh yeah, il porte les cheveux longs, écoute du punk et pickpockete les gros monsieurs bedonnants dans les musées, c’est trop un rebelle de la society) et une belle artiste qui a pour unique trait de caractère d’être … une belle artiste (la Meg Ryan des personnages de roman, en quelque sorte, pas besoin de personnalité quand on a des cheveux Fructis). Pas de souci avec le changement perpétuel de points de vue, étant donné que les deux personnages sont aussi creux l’un que l’autre. Quant aux personnages secondaires, c’est à pleurer tellement ils sont en carton-pâte (mention spéciale pour la famille de l’héroïne, c’est cliché-land).

Mais surtout, l’histoire : avec une chouette bonne idée comme ça, tout ce que l’auteur a réussi à pondre, c’est des problèmes de coeur et de couple à deux euros, avec un peu d’envoyage en l’air tous les quatre chapitres, parce qu’on est quand même au XXIème siècle, ma bonne dame. D’accord, j’avoue ne pas être la lectrice la plus sentimentale du monde, mais je ne suis pas non plus très difficile, et quand on me pond une bonne histoire d’amour, je ne boude pas mon plaisir. Là, c’est juste “et alors ?” au début, un poil longuet au milieu et franchement saoûlant à la fin (oui, parce que je suis allée jusqu’à la fin, il faut reconnaître ça à Audrey Niffenneger : elle sait accrocher le lecteur, même avec de la soupe – j’avoue quand même avoir lu les derniers chapitres en diagonale, juste pour vérifier que j’avais bon dans mes prédictions). Sans compter que, comme les deux personnages principaux sont narcissiques et égocentriques au delà de tout, ça limite sévèrement l’horizon narratif.

En résumé : pas mauvais en soi, mais bof. Ce qui, je le répète, est déjà un crime quand on part d’un postulat aussi plein de potentiel, et qu’en plus on prend la peine de soigner un minimum la forme.

Comme ce livre a tout de même été un immense succès aux Etats-Unis et globalement bien apprécié en France, j’ai fait un peu un tour des blogs pour savoir si j’étais la seule extraterrestre à le trouver moyen. J’ai ainsi trouvé une comparaison intéressante ici, avec “Et si c’était vrai”. Je suis assez d’accord sur le fond, à ceci près que Marc Lévy écrit vraiment avec les pieds et que, malgré ses défauts, “Le temps n’est rien” est tout de même très très largement meilleur – c’est pas difficile, en même temps.

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A lire plutôt : “L’affaire Jane Eyre”, de Jasper Fforde, avec un vrai chronovoyageur rebelle dedans, rondjidjû.

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