L’histoire : Londres, 1947. La ville panse ses plaies après la seconde guerre mondiale et les bombardements dramatiques qui l’ont défigurée. Kay erre dans les rues, habillée comme un homme, sans but précis. Helen, qui travaille dans une petite agence de rencontres, vit avec Julia mais est dévorée à la fois par la jalousie et par l’envie d’étaler leur histoire au grand jour. Viv, l’autre employée de l’agence, partage ses journées entre son père, son amant marié et son frère, Duncan. Duncan, lui, vit avec un “oncle” qui ne l’est pas, dans une maison sinistre, et se réfugie dans la puérilité pour échapper à dieu sait quoi. Petit à petit, se dévoilent les histoires de chacun, ce qui les a ammenés là, et ce qui les lie les uns aux autres.

Ce livre est certainement un des plus déstabilisants que j’ai eu l’occasion d’ouvrir ces derniers temps. En permanence, j’ai eu cette vision de l’auteur comme un funambule oscillant entre le lisse et le vicié, entre le respectable et le décadent. Il y a des scènes explicites dans ce roman, mais ce sont parfois juste les sous-entendus, plein de tension malsaine que certains passages m’ont mise vraiment physiquement mal à l’aise – et c’est sans doute la marque d’un réel talent, à mille lieues du sensationnel en gros sabots. L’histoire, pourtant, celle de quatre personnes dans le Londres d’après-guerre, n’est pas si ébouriffante au premier abord, n’eût été leur mode de vie légèrement en décalage avec la morale de l’époque. Pourtant, la manière dont chacune de leurs histoires est décrite, petit bout par petit bout, en remontant de plus en plus loin dans le passé, est d’une délicatesse incroyable et d’une précision chirurgicale. L’écriture, quant à elle, est bien équilibrée, entre dialogues et réflexions intimes. Il n’y a pas énormément d’action, évidemment, mais une fois les premiers chapitres passés – où les personnages se mettent en place, et où donc flotte une certaine hésitation – les pages s’enchaînent toutes seules. On pourra juste regretter que certains personnages n’arrivent pas à se mettre en place, et que certains fils de l’histoire soient laissés en suspens.
Ce roman n’ira pas dans mes favoris, parce qu’il reste trop graphique, et que je ne suis pas fanatique du genre. Qui plus est, je préfère que tout soit bien net à la fin. Cependant, il s’agit là d’un goût tout à fait personnel, et qui n’enlève rien à la qualité de l’histoire. Je ne conseillerais pas ce livre à tout le monde, mais, si vous aimez les romans qui dévoilent à la fois le côté glauque et l’aspect profondément humain des relations interpersonnelles, n’hésitez pas à lui donner une chance, il en vaut la peine.







